Construire la médecine proactive
Il y a trois ans, je publiais le manifeste de ce qui allait devenir Primary. Nous voulions construire un nouveau modèle de cabinet médical, en mettant la technologie au service des médecins et des patients.
Depuis trois ans, nous avons construit en silence pour faire de cette vision une réalité. Nous avons ouvert une dizaine de cabinets. Des dizaines de médecins nous ont rejoints. Plus de 100 000 patients ont consulté et sont suivis dans nos cabinets. Nous avons constitué autour des médecins de véritables équipes de soins, développé nos propres outils et intégré l’IA directement dans le parcours patient.
Mais ce n’est que le début.
Notre ambition n’a jamais été de construire des « jolis » cabinets médicaux (même si on est fier du design de nos cabinets). Notre ambition est de construire un nouveau modèle de soins primaires. Un modèle qui repose sur :
01
Une médecine proactive, dont l’objectif n’est plus seulement de soigner la maladie, mais de permettre à chacun de vivre plus longtemps en bonne santé.
02
Une nouvelle combinaison entre Médecin + IA, dans laquelle l’IA prend en charge une partie croissante de l’information, de l’accompagnement et du suivi, sous supervision du médecin qui intervient là où son expertise, son jugement et la relation humaine ont le plus de valeur.
03
Une médecine humaine et ancrée dans le monde réel, autour du médecin traitant et d’une équipe qui connaît ses patients dans la durée.
Nous avons construit les fondations de ce modèle. Désormais nous pouvons passer à la prochaine étape.
De soigner la maladie
à maintenir les gens en bonne santé
La médecine primaire (médecine générale) reste encore aujourd’hui principalement centrée sur le traitement des maladies. Quelque chose ne va pas. Le patient prend rendez-vous. Il voit son médecin. Le médecin diagnostique et traite. Puis, le plus souvent, chacun reprend sa vie jusqu’au prochain problème. Ce modèle a permis des progrès extraordinaires. Mais il repose sur une logique essentiellement réactive : nous intervenons lorsqu’un problème est déjà là.
La prochaine grande transformation de la médecine sera de passer progressivement d’un système qui soigne principalement la maladie à un système dont l’objectif est de maintenir les gens en bonne santé le plus longtemps possible. Cela change profondément le point de départ de la médecine.
Ne plus attendre qu’une maladie apparaisse pour agir, mais identifier les risques suffisamment tôt pour pouvoir les réduire. Ne plus s’intéresser uniquement aux symptômes et aux traitements, mais à ce qui détermine notre santé dans la durée : activité physique, sommeil, nutrition, santé mentale, comportements. Ne plus s’adresser uniquement aux personnes malades, mais accompagner les patients pour les aider à mieux prendre soin de leur capital santé.
Une médecine qui ne demande plus seulement « Qu’est-ce qui ne va pas aujourd’hui ? », mais aussi « Que pouvons-nous faire aujourd’hui pour que vous soyez toujours en bonne santé dans dix ou vingt ans ? »
L’IA ouvre la possibilité
d’un nouveau modèle de soins
Une médecine proactive requiert de pouvoir suivre un patient en continu sur la durée. Il faut pouvoir recueillir des informations, suivre des indicateurs, rappeler, expliquer, relancer, détecter qu’une situation nécessite une intervention. À l’échelle de milliers de patients, cela était jusqu’ici pratiquement impossible à mettre en œuvre pour un médecin.
L’IA change radicalement cette contrainte.
L’IA est bien plus qu’un outil de productivité pour les médecins. Elle les complète. Et va leur permettre de faire à l’échelle ce qu’ils ont rarement le temps de faire en dehors des consultations : expliquer, écouter, accompagner, rappeler, suivre.
Les patients utilisent déjà l’IA tous les jours pour comprendre un résultat, poser une question sur un symptôme, préparer une consultation ou chercher une première orientation. Mais aujourd’hui, ces usages se développent principalement en dehors du parcours de soins et sans lien avec le médecin qui connaît le patient.
Or si l’IA peut remplacer certaines interactions qui nécessitaient auparavant du temps médical, elle ne supprime pas le besoin d’un médecin responsable de la prise en charge. L’enjeu est d’intégrer l’IA dans le parcours de soin. Construire une boucle médecin-patient-IA.
Une nouvelle combinaison : Médecin + IA
Chez Primary, nous avons commencé par un cas d’usage très concret : la préconsultation. Avant son rendez-vous, notre assistant IA échange avec le patient pour comprendre le motif de sa venue, recueillir les informations pertinentes et préparer la consultation.
Aujourd’hui, 80 % des patients de nos cabinets préparent ainsi leur échange avant leur consultation.
Le médecin retrouve son patient avec une partie du travail de recueil déjà réalisée et peut concentrer davantage son temps sur ce qui nécessite réellement son expertise : comprendre, examiner, décider, expliquer.
Mais ce n’est qu’une première étape.
L’IA peut apporter disponibilité, connaissance, personnalisation au quotidien entre les consultations.
- Expliquer un résultat d’analyse.
- Répondre à une question qui ne justifierait pas nécessairement un rendez-vous.
- Demander quelques jours plus tard si des symptômes se sont améliorés.
- Vérifier qu’un examen a été réalisé.
- Accompagner un objectif d’activité physique, de sommeil ou de perte de poids.
- Rappeler un dépistage.
Et surtout, identifier les situations dans lesquelles l’intervention de son médecin est nécessaire.
Cela change le rôle du médecin. Il n’a plus vocation à être le seul point d’accès à la connaissance médicale. Sa valeur se concentre alors encore davantage sur ce qui fait le cœur de son métier : connaître son patient, comprendre son contexte, examiner, arbitrer dans l’incertitude, décider, rassurer et construire avec lui une stratégie de santé dans la durée.
Le médecin décide et supervise.
L’IA accompagne et exécute ce qui peut l’être.
Faire entrer cette nouvelle médecine
dans le monde réel

Une autre conviction nous distingue : le digital seul ne suffira pas. La médecine restera aussi physique. Nous aurons toujours besoin d’être examinés, diagnostiqués, rassurés, accompagnés. Nous aurons besoin d’un médecin qui nous connaît et qui assume la responsabilité de notre prise en charge. L’enjeu est donc moins de faire disparaître le cabinet médical que de le faire entrer dans cette nouvelle ère.
C’est précisément pour cela que nous avons commencé Primary par les cabinets. Cela nous permet de ne pas simplement imaginer cette nouvelle médecine, mais de la construire et de la tester chaque jour dans le monde réel, avec des médecins et des patients.
Nos cabinets ne sont pas simplement des lieux dans lesquels nous réalisons des consultations. Nos cabinets sont l’infrastructure qui permet de construire ce nouveau modèle de soins.
Le prochain chapitre de Primary
Notre ambition depuis le premier jour est de transformer les soins primaires. Nous avons passé trois ans à construire l’infrastructure nécessaire pour rendre cette nouvelle médecine possible. Notre plan pour les prochaines années est finalement assez simple :
01
Build the clinics
Construire l’infrastructure physique et humaine d’une nouvelle médecine primaire.
02
Build the AI care team
Combiner médecins, équipes de soins et IA pour offrir à chaque patient davantage de disponibilité, de connaissance et d’accompagnement.
03
Build continuous care
Passer de consultations ponctuelles à une relation continue, avec un plan de santé suivi dans la durée sous la responsabilité du médecin traitant.
04
Make proactive medicine the new standard of care
Déployer ce modèle à grande échelle pour permettre à des millions de personnes de vivre plus longtemps en bonne santé.
D’abord en France. Puis en Europe.
Thibault